🇫🇷 La singulière histoire d’un dessert franco-américain

2026-01-03
2026-01-03 FranceQui

1867 : Un chef parisien s’improvise magicien

Scène : Le Grand Hôtel à Paris, construit entre 1861 et 1862, en prévision de l’Exposition universelle de 1867.

Acteur principal : Un certain Balzac (non, pas l’écrivain, mais un autre), chef des cuisines.

Mission : Épater la galerie à l’Exposition universelle de Paris avec un dessert qui sort de l’ordinaire.

Inspiré par les travaux de Benjamin Thompson (un Américain devenu comte bavarois, mort en 1814), Balzac utilise les propriétés isolantes du blanc d’oeuf pour créer un nouveau dessert : froid à l’intérieur, chaud à l’extérieur, mélange de glace, de meringue et de génoise. Ludique, gourmand, et surtout… mal nommé.

Pourquoi ? Parce que Balzac, visiblement plus doué en physique appliquée qu’en géographie, confond la Bavière (où Thompson fut anobli) et la Norvège. L’omelette norvégienne était née. Une bourde historique, mais un chef-d’œuvre culinaire.

Mais qui était Benjamin Thomson ?

1753 : Il naît dans le Massachusetts, fils de colons britanniques.
1785 : Il devient comte de Rumford en Bavière (d’où la soupe qui porte son nom).
1804 : Il prouve à Paris que les blancs d’œuf isolent mieux qu’un pull en laine et l’écrit quelque part entre 1000 autres inventions.
1814 : Il meurt sans savoir qu’un jour, un chef monégasque l’honorerait… en le déplaçant de 1 500 km vers le nord.

Certes, il y a des sujets de recherche plus spectaculaires que d’autres, tout le monde ne peut pas découvrir les mystères cachés de la fission nucléaire. Mais concrètement, il aurait quand même inventé des vrais trucs qui pèsent, comme la cuisinière et la cafetière à filtre. Je me moque mais allez voir la biographique de Benjamin Thompson, c’est vraiment un homme aux mille facettes.

1876 : L’Amérique découvre le dessert, et le renomme

La suite de l’histoire se déroule de l’autre côté de l’océan. Nous sommes en 1876 (soit 9 ans plus tard) et le restaurant Delmonico, à New York, décide de faire ce qu’Hollywood fait de nos films et séries, à savoir un remake américain, qui va marcher, lui.

Au mois de mars de la même année, les Etats-Unis ont fait la jolie acquisition, non pas du Groenland ni de Gaza (ça c’est en 2026), mais de l’Alaska.

Résultat: l’omelette norvégienne est rebaptisée Baked Alaska pour célébrer l’évènement.

Le dessert connaît ainsi un succès international grâce à un meilleur marketing, des effets spéciaux plus avancés et une musique de Hans Zimmer (ou presque).

2024 : Je découvre le pot aux roses (et saoule le monde entier)

Imaginez ma stupéfaction. Je suis au taf, à Leamington Spa, Angleterre et je découvre sur le menu anglais d’une brasserie lyonnaise l’expression Baked Alaska, alors que je vante la gastronomie française à mes collègues. Oui, je suis une de ces françaises pénibles, qui peuvent parler dans le vide pendant des heures, des trésors  de notre gastronomie. On appelle ça d’ailleurs le gastronationalisme, et j’avoue je tombe souvent dans le panneau de cette fierté mal placée.

Mais revenons à l’essentiel.

Quelle ne fût pas ma réaction…
Tout d’abord, l’indignation.
Puis vint l’obsession.
Et enfin la découverte que le dessert a plus de noms que de variantes gustatives.

Conséquence : j’harcèle mes proches avec cette histoire. D’ailleurs Palli, si tu me lis, tu n’as toujours pas répondu pour l’Islande.

La carte qui divise le monde

Las de scroller tous les reels de la terre sur Insta, je décide de cartographier le chaos.

Voilà donc le résultat de ces nombreuses heures de travail. Il y a énormément de pays pour lesquels je n’ai pas eu de réponse, mais je n’ai pas manqué de remarquer que l’office québécois de la langue française tient à l’appellation Omelette Norvégienne, me permettant ainsi de remplir de hachures une immense partie de la carte.

Les belges, de façon moins spectaculaire pour cause de superficie dépassant à peine les 30 000 km2, se divisent entre la version française et flamande de l’appellation de ce dessert.

Et quelle appellation… Peut être la plus mystérieuse de toute, car au Pays-bas, il a été statué que ce serait une omelette sibérienne. Pourquoi ? Un Néerlandais a-t-il cru que l’Alaska était en Sibérie ?

La Norvège, quant à elle, n’a pas boudé le petit plaisir qui se présentait gratuitement à elle, et a décidé de garder le dessert dans ses terres. A l’exception qu’une partie des norvégiens, peut être par pure facétie ou afin de rapeler l’origine du dessert, l’appelerait… la bombe française.

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